Été
Bercée entre les rivières et les collines

Quyon Agriculture Society et Quyon Ensemble : de la foire agricole au «Jamfest» de Quyon

par Maude-Emmanuelle Lambert
2016

 

Création de la Quyon Agriculture Society

En 1919, un groupe de citoyens met sur pied la Pontiac Agricultural Society, C Division, aussi connue sous le nom de la Société agricole de Quyon (Quyon Agricultural Society). La nouvelle organisation fait l’acquisition, auprès de la famille Wright, d’un terrain au centre du village de Quyon, délimité par les rivières Quyon et des Outaouais[1]. Les membres de la société défrichent, nettoient et aménagent eux-mêmes l’emplacement, afin que le Département de l’Agriculture du Canada accepte qu’y soient tenues des expositions. L’idée derrière cette initiative citoyenne est, d’une part d’intéresser les jeunes à l’agriculture et d’autre part, d’améliorer les pratiques agricoles.

La première foire agricole de Quyon a lieu les 7 et 8 septembre 1920. Lors des premières éditions, l’exposition se tient en plein air. Les vaches et les chevaux sont attachés aux arbres, alors que les poules et autres volailles sont jugées dans leurs cages. Quant aux produits laitiers, pâtisseries et artisanats produits par les fermières, ils sont exposés sous la tente[2].

Par la suite, plusieurs bâtiments sont construits pour abriter les bêtes et les exposants : deux étables pour les vaches, deux autres pour les chevaux de trait, une pour les chevaux de course, un comptoir à rafraîchissements, etc. Une immense piste circulaire d’un demi-mille de circonférence est également aménagée pour accueillir les courses de chevaux. Celles-ci sont parmi les plus populaires de toute la vallée de l’Outaouais et les aménagements que connaît le terrain d’exposition au fil des années en fait l’un des plus beaux parcs ruraux de la région.

 

Catégories des compétitions de la foire agricole

Lors de la foire de 1965, différents animaux sont mis en compétition. On trouve des chevaux de trait, d’apparats et des poneys. On distingue les vaches en fonction de leurs races, si elles sont de bonnes laitières ou si elles sont destinées à la boucherie. Il en est de même des moutons et des porcs. Dans la catégorie « produits laitiers et miel », les exposants sont invités à soumettre aux juges leurs œufs, leur miel, leur sirop d’érable et les dames, les différents produits faits maison tels que du pain, des muffins au son, des tartes aux pommes ou encore des gâteaux aux fruits. Leurs conserves et les fleurs qu’elles cultivent peuvent aussi être soumises à la compétition. Les « arts domestiques », comme on les appelle à l’époque, font aussi bonne figure : tricot, courtepointe, tapis au crochet, etc.

Les membres des différents Women’s Institute du secteur (Wyman, Starks Corners, Beechgrove, Bristol, Fort Coulonge, Clarendon et Quyon) ont également leur catégorie bien à elles, exposant cette année-là un gâteau à deux étages, un lapin rembourré, des œufs décorés, un panier de Pâques tressé à la main et des petits pains ornés de croix. Les catégories des grains, des fruits et des légumes viennent clore l’exposition. Les récipiendaires, ayant accumulé le plus de points dans leur catégorie, se voient remettre un prix en argent ou en « nature » tels qu’un sac de farine ou un abonnement à l’Ottawa Citizen[3]. Une place importante est également faite aux jeunes. Une catégorie de l’exposant le plus jeune est même créée au fil des années. Les membres du Calf Club de Quyon, devenu un club 4-H, sont aussi encouragés à participer et exposer leurs animaux ainsi que leurs projets scolaires.

Toutefois, le clou du spectacle est la démonstration des animaux et tout particulièrement avec les chevaux et les bêtes de trait. Les « tirs de charge » sont l’une des activités les plus courues. Situées au centre du terrain d’exposition, la piste de course de chevaux attire de nombreux curieux venus admirer les chevaux les plus rapides ou les plus élégants de la région.

Encore récemment, certains éleveurs locaux présentent leurs chevaux à des foires plus grandes, comme celles d’Ottawa et de Toronto et y remportent des prix. En 2006, à l’âge de 72 ans, Minor Chevrier remporte la première place dans la catégorie Roadster Standard Bred lors de la foire agricole royale d’hiver de Toronto (Toronto’s Royal Agricultural Winter Fair)[4]. En 2008, c’est au tour de Donald (Duck) Trudeau, 74 ans de remporter les honneurs, en raflant huit rubans à cette foire, dont le premier prix et le « reserve champion » dans la classe Shetland ainsi que la deuxième et la troisième position dans la classe « Pleasure »[5].

 

Activités non agricoles

Au fil des ans, différentes activités de divertissement n’ayant peu ou pas de liens avec l’agriculture sont ajoutées au programme de la foire. Ainsi, en 1972, on trouve une parade de voitures anciennes[6]. Une compétition de courses pour les enfants est mise sur pied lors de l’édition de 1973 et un « Pet Show », un concours d’animaux de compagnie (chien, chat,

oiseaux, etc.) est proposé pour la première fois en 1980[7]. Les courses de tracteurs, dont certains sont modifiés, sont aussi fort populaires auprès du public[8]. Autre incontournable de la foire, l’élection de Miss Quyon Fair parmi les jeunes filles commanditées par différentes associations ou entreprises. Ainsi, en 1980, la gagnante Josée Perrier représente l’Association récréative d’Eardley (Eardley Recreation Association)[9]. Miss Quyon est appelée à jouer un rôle primordial pendant la foire et l’année suivante. Elle est notamment choisie en fonction de ses talents oratoires, en plus de son apparence et de sa prestance sur scène[10].

Dans les années 1990, un derby de démolition d’autos est ajouté à la longue liste des activités de la foire, ainsi que des manèges pour les enfants. La musique est bien entendu au cœur des célébrations : violoneux et guitaristes venus de toute la vallée de l’Outaouais animent les soirées sur la scène du bâtiment principal[11]. En 1993, on tient même des matchs de luttes (team-pro et midget) afin d’attirer davantage de visiteurs[12]! L’année 1995, voit une compétition de gladiateurs et des courses de véhicules tout-terrain (VTT) dans la boue sont également mises sur pied[13]. Une parade et un feu d’artifice viennent également agrémenter les quelques jours de festival des participants.

 

Difficultés et réorientation

Au début des années 1990, l’événement connaît un fléchissement de l’assistance et une diminution du nombre de catégories. Ainsi, les éleveurs de bovins et producteurs laitiers ne sont pas présents à la foire de 1991, ni les fermières ou exposantes. Néanmoins, on note le retour des chevaux « lourds », comme les Belges et les Percherons dans la compétition[14]. Le prix d’entrée est également fixe et on déplace la tenue de l’événement au début juillet (on le jumelle avec les célébrations de la fête du Canada), plutôt que l’automne afin de profiter de la présence des villégiateurs et ainsi assurer une pérennité, voire une rentabilité à l’événement[15]. En 1997, on doit à nouveau changer la date de la foire, ayant de la difficulté à réserver les

services d’une entreprise de location de manèges, en raison de sa proximité avec la fête de la Saint-Jean-Baptiste[16].

La même année, une nouvelle réglementation oblige les sociétés d’agriculture du Québec à se dissoudre, puis à se constituer en tant qu’organismes à but non lucratif sous l’égide du ministère des Finances. Afin de partager les coûts de gestion des terrains d’exposition, les membres du conseil d’administration de la Société d’agriculture convainquent les autres organismes communautaires utilisateurs de la propriété de mettre sur pied une organisation qui la chapeaute. Quyon Ensemble est officiellement créé en 1999. Cet organisme regroupe, en plus des membres de la Pontiac Agricultural Society, Division C, les Lionettes et les Lions de Quyon, la filiale locale de la Légion royale canadienne, le Quyon Citizens Committee, le Pontiac Fish and Game Club et la Municipalité de Pontiac[17].

 

En 2001, se tient la toute dernière édition de la foire de Quyon. Devenue trop onéreuse à gérer et non rentable sans les services d’une entreprise de location de manèges, le conseil d’administration du Quyon Ensemble prend la décision difficile de mettre fin cette institution, 80 ans après sa première édition[18]. Néanmoins, l’un des plus populaires festivals de musique folk et country de toute la vallée de l’Outaouais est créé : le Quyon Jamfest.

 

Quyon Jamfest

Reprenant la formule populaire du Pontiac Pride (un « jamboree » de musique qui avait lieu à la mi-juillet dans les années 1990) et tenu sans interruption depuis l’été 2002, le Quyon Jamfest rassemble certains des plus grands noms de la musique pendant trois jours, au grand plaisir des festivaliers et des campeurs. La première édition accueille environ 120 véhicules récréatifs et roulottes sur les anciens terrains d’exposition[19]. En 2004, lors de la troisième année du festival, c’est 187 groupes de campeurs qui se donnent rendez-vous au terrain d’exposition[20]. En 2007, le festival accueille une véritable légende country, Tommy Cash[21]. En 2008, c’est Charlie Major, gagnant de deux prix Juno (1994 et 1995) qui est en tête d’affiche du festival[22]. Entre 2500 et 3000 personnes viennent écouter les différents groupes sur scène. L’année suivante, le festival amorce un virage, axant sa programmation sur le « classic country » afin de plaire à une clientèle âgée de 40 ans et plus, mais surtout d’assurer la santé financière de l’événement pour les années à venir[23].

Toujours fort populaire en 2015, ce festival est rendu possible grâce au soutien financier des entreprises locales, de la Municipalité de Pontiac et du travail constant et gigantesque des bénévoles du Quyon Ensemble[24].

Quelques présidents de la Société d’agriculture de Quyon, puis du Quyon Ensemble : C. C. Hutchinson, Gervase O’Reilly, Raymond Davis, Ken Bronson, John McBane, Joey Keon, Gary Wilson, Donald Trudeau, Minor Chevrier, Jack Graham, Lorne Coyle, Kathy Armitage, Shirley-Mae Davis.

 

[1] Manon Leroux, L’autre Outaouais (Gatineau, Pièce sur pièce, 2012), p. 164.

[2] Wendy Higgins, « Quyon Fair-y tales », The Equity, 16 juin 1993.

[3] Quyon Agricultural Society, 46th Annual Quyon Fair. Prize List, 1965.

[4] Journal du Pontiac, 2006.

[5] Amanda Dupuis, « Three Pontiacers compete in Royal Winter Fair », The Equity, 16 janvier 2008.

[6] Charles Dickson, « Scene at Quyon Fair », The Equity, 1972.

[7] « Quyon Fair complete results », The Equity, 29 août 1973; « Quyon Fair », The Equity, 6 août 1980.

[8] S. Wyman MacKechnie, « Quyon’s 54th Fair was a fantastic success », The Equity, 28 août 1974.

[9] « Quyon Fair », The Equity, 6 août 1980.

[10] « The girls were judged on neatness, poise and appearance. The also had to talk for a few minutes on a chosen subject, perform a talent, and answer a surprise question. » Denise Belec, « Quyon Fair Pageant packs hall », The Equity, 17 août 1988.

[11] « Quyon Fair enternement », The Equity, 3 juillet 1991.

[12] Wendy Higgins, « Good crowds, good weather bless 74th annual Quyon Fair », The Equity, 17 juillet 1993.

[13] Sylvia Bakker, « Best ever Quyon Fair », The Equity, 5 juillet 1995

[14] Richard Wills, « Crowds down, but records broken at the 71st Annual Fair in Quyon », The Equity, 1er août 1990; Pat Schoular, « 91’ Quyon Fair the best in years! », The Equity, 3 juillet 1991.

[15] Wendy Higgins, « Quyon fair-y tales », The Equity, 16 juin 1993.

[16] Sylvia Bakker, « New dates for Quyon Fair », The Equity, 12 février 1997.

[17] Quyon-Onslow, 1875-2000. Souvenir of the Millenium.

[18] Ron Pickering, « Annual agricultural fair may change concept to music festival », The Equity, 30 janvier 2002.

[19] Michael Lloyd, « Quyon Country Jamfest a feast for music lovers », The Equity, 3 juillet 2002.

[20] Heather Dickson, « Quyon Jamfest another singing success », The Equity, 7 juillet 2004.

[21] Amanda Dupuis, « Tommy Cash coming to Quyon », The Equity, 27 juin 2007.

[22] Wilbur McLean, « Jam Fest a country success in Quyon », The Equity, 8 juillet 2008.

[23] Leah Iverson, « JamFest to focus on classic country », The Equity, 17 juin 2009.

[24] Pour davantage d’information sur le Jamfest, consulter le site internet.