Été
Bercée entre les rivières et les collines

Défilés, carnavals d’hiver et autres plaisirs festifs

par Maude-Emmanuelle Lambert
2016

 

La vallée de l’Outaouais est réputée pour ses musiciens et son ambiance festive; une tradition qui remonterait à l’époque des chantiers forestiers. D’ailleurs, le terme « shanty » qu’on utilise pour désigner les travailleurs forestiers, viendrait en fait du verbe chanter. La Municipalité de Pontiac, et plus particulièrement le village de Quyon, ont longtemps été perçus comme le « Fun Town of the Ottawa Valley ». Aujourd’hui, les musiciens de la vallée s’y donnent rendez-vous lors du Quyon Jam Fest. De Breckenridge à Quyon, des défilés, des carnavals et autres plaisirs festifs font partie de la vie communautaire. 

 

L’art de faire la fête…

Peuplés par des Irlandais, des Écossais, des Canadiens français et des Anglais appartenant à différentes confessions religieuses, les cantons d’Eardley et d’Onslow, qui forment plus tard la Municipalité de Pontiac, offrent un portrait diversifié en termes de tradition et de fêtes.

L’héritage irlandais y est spécialement vivant. La fête du saint patron des catholiques irlandais, Saint-Patrick, est célébrée en grande pompe, hier comme aujourd’hui. Sa célébration à Quyon remonterait à 100 ans. Depuis des dizaines d’années, l’Hotel Gavan accueille pour l’occasion des musiciens irlandais. En septembre, on y fête même le « Half Way to St. Patrick’s Day »[1].

La Saint-Jean-Baptiste est également fêtée dans la municipalité[2]. Par exemple, en 1980, les citoyens sont invités à prendre part à deux jours de festivités à Luskville. Une soirée dansante au tout nouveau centre communautaire suivie d’un feu de joie inaugure la fête. Le lendemain, la journée commence par la traditionnelle messe de la Saint-Jean, puis par une vente aux enchères sur le parvis de l’église. Dans l’après-midi, une course de boîte à savon est organisée ainsi qu’un tournoi de fer à cheval. Un souper de fèves au lard est offert aux citoyens, puis une foule de 500 personnes se rassemble afin d’assister à un spectacle de musique et de danse, présenté devant la maison pièce sur pièce construite par Armand Ducharme, résident de Luskville. Cette journée bien remplie se termine devant un feu de camp, comme le veut la tradition[3].

Tradition bien ancrée dans la communauté pontissoise, la fête du Canada marque pour plusieurs le début de l’été. Il est difficile de situer à quand remonte les premières célébrations dans la municipalité. Toutefois, il est fort probable qu’elles coïncident avec la fin des années 1950, moment où furent organisées les premières célébrations sur la colline parlementaire de ce qu’on appelait autrefois le « Dominion Day », devenu le « Canada Day » en 1982.

Quyon, qui est le centre de ces célébrations dans la municipalité, a un comité voué à l’organisation de cette journée et qui voit à sa planification plusieurs mois à l’avance. La parade, à laquelle participent tant les automobiles, les motos, les véhicules récréatifs que les chevaux, donne le coup d’envoi des festivités. La parade se termine toujours par la levée du drapeau, au quai du traversier. S’ensuit animation et musique à proximité du Lions Hall, dans l’attente du traditionnel feu d’artifices de 10:00 du soir. En 2002, une régate de bateaux s’est même tenue la journée du 1er juillet. Celle-ci a été organisée conjointement par les filiales de la Légion royale canadienne de Constance Bay et de Quyon[4].

 

La parade de Noël

La célébration de Noël est une longue tradition dans la Municipalité de Pontiac à laquelle participe tant les commerces, les groupes communautaires que les citoyens. Dans les années 1950, grâce à la générosité des commerçants de Quyon, un gigantesque arbre de Noël est décoré. Les enfants sont invités à accueillir le Père Noël qui leur distribue des bonbons et des cadeaux, alors qu’une chorale entonne des chants de Noël[5]. Une parade a lieu à Quyon, au moins depuis les années 1980[6]. En 1990, c’est près de 30 groupes (organismes, entreprises ou familles) qui participent à la parade de Noël, dont le service d’incendie[7].

Des prix sont remis aux participants de la parade. En 1994, la parade est organisée par le Club Lions et les gagnants de la catégorie « Organisme à but non lucratif » sont les Quyon Lionnettes pour leur char allégorique « Family is Forever ». Dans la catégorie famille, Minor Chevrier remporte la palme, pour son char tiré par des chevaux « The night before Christmas », alors que la quincaillerie McCann repart avec le prix de la catégorie entreprise pour « I’ll be home for Christmas »[8].

Lors de la parade de 2000, près de 100 enfants prennent part au défilé. La Maison de la famille de Quyon remporte le prix pour son char allégorique et les costumes de lutin des enfants faits à la main par les parents et les bénévoles[9]. À partir de 2004, l’événement se tient en soirée afin d’offrir un défilé tout en lumière[10]. Toujours organisée par les Lions et les Lionettes dans les années 2010, la parade du Père Noël comprend entre quinze et trente chars allégoriques. À l’arrivée au Lions Hall, les participants et les spectateurs sont invités à boire du chocolat chaud pour se réchauffer, gracieuseté des Lionettes.


Défilés, carnavals d’hiver et autres plaisirs festifs

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Les participantes du concours Miss Quyon (carnaval d’hiver?), sans date. Source : Archives du Pontiac.


Un carnaval d’hiver est organisé à Quyon depuis au moins les années 1950 ainsi qu’à Luskville depuis les années 1980. En 1953, le carnaval d’hiver de Quyon se tient à l’anneau de glace de l’École Sainte-Marie. Un roi et une reine sont couronnés, puis diverses compétitions se tiennent dont un concours de patinage en couple, du patinage de vitesse ainsi que des parties de hockey. Un spectacle incluant de la danse à claquette, des danses carrées et des chants est également présenté par les enfants de l’école[11].

Commandité par le Club Lions, le carnaval d’hiver de Quyon propose pour son édition de 1970 des parties de hockey sur glace pour les garçons et du hockey balais pour les filles, suivi d’un souper et d’une soirée dansante. Une reine et une princesse sont également choisies parmi les jeunes filles[12]. En 1978, dix jeunes filles se mesurent dans une compétition afin de remporter le titre de reine du carnaval de Quyon. Parmi celles-ci, Gail Gavan remporte la palme dans la catégorie « talent » à la suite d’un spectacle de chant. Toutefois, c’est Joanne Daley qui est couronnée reine pour l’ensemble des différentes catégories de la compétition[13]. Des compétitions de « souque à la corde », des repas communautaires et danses accompagnent ces célébrations hivernales[14].

En 1999, le carnaval d’hiver de Quyon est chapeauté par la Coopérative de Quyon et propose un programme diversifié de trois jours tant pour les enfants que pour les adultes. Un tournoi de hockey encouragé par la mascotte de l’équipe de hockey des Sénateurs d’Ottawa, puis un spectacle de marionnettes et un concours de talents (mettant en scène plus de 40 participants) se tiennent dans les locaux de la Légion canadienne. La deuxième journée est consacrée aux courses de toboggan et à différentes épreuves dans la neige. En soirée, un tournoi de carte (euchre) est également organisé pour les adultes par les dames du Women’s Institute. Un match à l’amical dehockey bottine est disputé entre le service d’incendie de Luskville et celui de Quyon, ainsi qu’une partie de volleyball entre le service de police de la MRC des Collines et le comité organisateur du carnaval[15].

Ces événements sont aussi l’occasion de mener des campagnes de financement. En 2000, les sommes amassées pendant le carnaval d’hiver doivent servir au remplacement de l’éclairage du terrain de baseball de Quyon. Des activités semblables à celles de l’édition précédente sont proposées. Toutefois, un article de l’Equity précise que le tournoi de hockey sur glace a gagné en popularité auprès des jeunes de 7 à 10 ans (tant filles que garçons) et la compétition de hockey bottine a vu plus de 12 équipes d’adultes en compétition. Une exposition d’artisanat a également été présentée par la Maison de la famille de Quyon et des tours du terrain d’exposition de carrioles ont connu un véritable succès auprès des enfants[16].

En 2003, le Quyon Sport and Recreation Carnival a pour objectif d’amasser des fonds pour l’entretien de la propriété du Quyon Ensemble[17]. En 2005, le comité d’organisation redouble d’effort pour proposer une programmation originale afin de récolter des dons pour aménager une nouvelle patinoire (ou parc de planche à roulettes l’été) et pour l’achat d’une nouvelle structure de jeu[18].

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Couronnement d’une Miss Quyon (carnaval d’hiver?), sans date. Source : Archives du Pontiac.

 

À Luskville, en 1981, est organisé un carnaval d’hiver d’une durée de trois semaines. Cette édition propose entre autres pour les dames un concours de crochet et de tricot, pour les enfants une compétition de sculpture de neige, une course de raquette sur 100 mètres, un tournoi de hockey ainsi qu’une soirée dansante sur le thème de la Saint-Valentin. Une mascotte, du nom de « Monsieur le Bonhomme » assiste également aux festivités. Cinq duchesses se livrent une chaude lutte afin d’amasser des fonds pour financer l’événement : celle qui vend le plus grand nombre de crayons se voit couronnée reine[19]!

Lors de l’édition de 1989 d’une durée de deux fins de semaine, c’est toute une famille royale qui est choisie, comprenant un roi et une reine et trois enfants. Un tournoi de bingo et de billard, un concours de « lipsinc », une compétition de ski, des parties de hockey sur glace et de hockey-balai sont au menu. Une nouvelle mascotte, Oscar, très populaire auprès des enfants, agrémente également les festivités[20]. L’année suivante, un « Poker Rallye », amène 26 participants à faire l’aller-retour en motoneige entre Luskville et Rivière-du-Loup[21]. Quant à l’édition de 1998, elle propose en plus des activités habituelles, un tournoi de bûcherons, des tours de carrioles tirées par deux chevaux de race belges ainsi que la présence d’un animateur pour les tout-petits[22].

Depuis les années 2000, le Groupe Action Jeunesse Luskville est l’organisateur du carnaval d’hiver. Tenue avec la collaboration de la Municipalité de Pontiac et Pontiac en forme, l’édition de 2015 est beaucoup plus centrée sur les activités familiales. Celle-ci propose du patin, de la peinture sur neige, des tours de carrioles et un concours de pêche sur glace. Une compétition de talent ainsi qu’un concert de musique avec des instruments que les jeunes ont eux-mêmes fabriqué (Junkyard Symphony performance) agrémentent également les festivités qui se tiennent au Centre communautaire de Luskville[23].

Depuis 35 ans maintenant, l’association récréative de Beechgrove (Beechgrove Recreation Association, ou encore Beechgrove Rink Association) tient aussi sur une base annuelle une journée d’activités hivernales (Fun Day) à son anneau de glace[24]. Au centre de la vie de cette petite communauté depuis trois générations, la patinoire devient le lieu de jeux et de concours amicaux pour les enfants[25].


 


 

[1] Manon Leroux, L’autre Outaouais (Gatineau, Pièce sur pièce, 2012), p. 166.

[2] Sur l’origine de cette fête, on peut consulter l’article Myriam Fontaine, « La fête de la Saint-Jean-Baptiste », L’Encyclopédie canadienne.

[3] « Luskville celebrate Saint-Jean-Baptiste », The Equity, 2 juillet 1980.

[4] Michael Lloyd, « Shawville, Quyon fête Canada Day », The Equity, 4 juillet 2002.

[5] « Community Christmas Tree », The Equity, s. d. [1952].

[6] « Christmas Parade at Quyon », The Equity, 23 décembre 1980.

[7] « Quyon’s Christmas Parade », The Equity, 18 décembre 1990.

[8] Sylvia Bakker, « Santa make last stop », The Equity, 21 décembre 1994.

[9] Paul McGee and Heather Dickson, The Equity, 13 décembre 2000.

[10] Paul McGee, « Quyon aglow in parade of lights », The Equity, 15 décembre 2004.

[11] « Sharon Stewart Crowned Queen at Quyon Winter Carnival », Pontiac Advance, 15 mars 1955.

[12] « Hilda Scott crowned at Quyon Leos Carnival », The Equity, 18 février 1970.

[13] « 'This whole County is a winner', says Max Keeping at Quyon », The Equity, 1er mars 1978.

[14] « Quyon Winter Carnaval », The Equity, 14 février 1979.

[15] Paul McGee, « Quyon Carnival comeback a hit », The Equity.

[16] Paul McGee, « Lights closer after carnival », The Equity, 9 février 2000.

[17] Leah Miller, « Good, old fashioned fun at Quyon », The Equity, 5 février 2003.

[18] Micheal Lloyd, The Equity, 9 février 2005.

[19] S. Archambault, « Luskville winter carnival comes to a close », The Equity, 18 février 1981.

[20] Denise Belec, « Luskville Carnival», Journal du Pontiac, 15 février 1989.

[21] Denise Belec, « Le Carnaval de Luskville, un succès malgré la chaleur », Le Journal du Pontiac, 21 février 1990.

[22] Sylvia Bakker, « Sunny skies for Luskville carnival », The Equity, 11 février 1998.

[23] Harnish McKiltop, « Welcoming a winter wonderland », The Equity, 4 février 2015.

[24] Sonia Denis St-Amour et Mégane Lamothe-Bouchard, « Les carnavals du Pontiac », Le journal du Pontiac, 12 mars 2014.

[25] Heather Dickson, « Kids enjoy family fun day at the Beechgrove rink », The Equity, 23 février 2011.